{"id":28841,"date":"2024-02-15T20:15:37","date_gmt":"2024-02-15T20:15:37","guid":{"rendered":"https:\/\/arabcouncil.net\/?p=28841"},"modified":"2024-02-15T20:15:37","modified_gmt":"2024-02-15T20:15:37","slug":"portrait-tawakkol-karman-yemen-yes-women","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/arabcouncil.foundation\/fr\/2024\/02\/portrait-tawakkol-karman-yemen-yes-women\/","title":{"rendered":"Portrait: Tawakkol Karman. Y\u00e9men, yes women"},"content":{"rendered":"<p>Tawakkol Karman. Y\u00e9men, yes women<\/p>\n<p>Prix Nobel de la paix 2011, cette journaliste, figure de la r\u00e9volution au Y\u00e9men, se verrait bien diriger le pays.<\/p>\n<p>par Laurence Defranoux<\/p>\n<p>Liberation &#8211; le 20 octobre 2014 \u00e0 17h26<\/p>\n<p>Longue tunique noire fluide soulign\u00e9e de velours, foulard fleuri aux couleurs discr\u00e8tes, sandales de cuir d&rsquo;allure monacale qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 hauts talons, regard direct et maquillage imperceptible. Le look de Tawakkol Karman est un \u00e9quilibre subtil entre l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance d&rsquo;une trentenaire qui s&rsquo;enflamme sur les tribunes du monde entier et la discr\u00e9tion impos\u00e9e quand on vient d&rsquo;un pays o\u00f9 serrer la main d&rsquo;un homme est une h\u00e9r\u00e9sie. Ce qu&rsquo;elle ne se g\u00eane pas pour faire en accueillant le photographe deLib\u00e9ration. Sous les lambris de l&rsquo;H\u00f4tel de Ville de Paris, o\u00f9 elle est invit\u00e9e au forum Convergences, celle qui a jet\u00e9 son niqab aux orties il y a dix ans affiche le m\u00eame sourire \u00e9clatant que lors de la remise de son prix Nobel de la paix, en 2011.<\/p>\n<p>L&rsquo;ex-figure de la r\u00e9volution y\u00e9m\u00e9nite s&rsquo;assombrit quand on \u00e9voque les rebelles chiites du Nord, les Houthis, qui s\u00e8ment la confusion \u00e0 Sanaa, la capitale. Elle fustige \u00abdes miliciens arm\u00e9s qui se croient choisis par Dieu pour diriger le pays, alors que le Y\u00e9men est une r\u00e9publique\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;ancien dictateur, Ali Abdallah Saleh, est d\u00e9j\u00e0 au pouvoir lorsque Tawakkol na\u00eet, en 1979, dans une famille sunnite ais\u00e9e de la ville de Taiz, \u00abune r\u00e9gion verte, montagneuse, capitale de la culture\u00bb. Son p\u00e8re, Abdel Salam, est avocat et membre du parti Al-Islah, les Fr\u00e8res musulmans locaux. Elu au S\u00e9nat local, il est charg\u00e9 des affaires juridiques au gouvernement. Sa m\u00e8re, \u00abune femme merveilleuse\u00bb, \u00e9l\u00e8ve ses dix enfants \u00absans faire de diff\u00e9rence entre gar\u00e7ons et filles\u00bb. La \u00abnum\u00e9ro 5\u00bb\u00e9gr\u00e8ne la r\u00e9ussite de ses s\u0153urs (\u00abuniversitaire, m\u00e9decin, journaliste \u00e0 Al-Jezira, traductrice fran\u00e7ais-arabe\u00bb), \u00e9voque un fr\u00e8re webdesigner et un autre programmeur. Tr\u00e8s t\u00f4t, son ministre de p\u00e8re lui fait lire le journal, lui fournit des livres. Elle dit qu&rsquo;il lui a appris \u00e0 \u00abvaincre la peur, \u00e0 \u00eatre diff\u00e9rente des autres, \u00e0 \u00eatre fi\u00e8re d&rsquo;\u00eatre une femme\u00bb.<\/p>\n<p>La jeune journaliste se heurte aux \u00ablignes rouges, celles qui emp\u00eachent de parler du Pr\u00e9sident, de l&rsquo;action du gouvernement, de d\u00e9noncer la corruption\u00bb. A 25 ans, elle fonde le mouvement Femmes journalistes sans cha\u00eenes. D\u00e8s 2007, elle organise des sit-in devant le si\u00e8ge du gouvernement. Elle est l\u00e0 chaque mardi, jour du Conseil des ministres, jusqu&rsquo;au soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral de 2011. \u00abAu d\u00e9but, m\u00eame dans mon camp, les gens se moquaient. Suivre une femme \u00e9tait une honte.\u00bb Mais Tawakkol Karman est du genre pugnace. Et ses partisans seront les premiers \u00e0 appeler par SMS \u00e0 soutenir les r\u00e9volutions tunisienne et \u00e9gyptienne.<\/p>\n<p>Son mari, petit homme discret au costume trop large, lui aussi \u00abjournaliste et militant pour les droits de l&rsquo;homme\u00bb, l&rsquo;accompagne dans ce voyage qui les m\u00e8nera \u00e0 New York et \u00e0 Tokyo. Il fait les cent pas pendant l&rsquo;entretien, s&rsquo;agace car il ne comprend pas l&rsquo;anglais et r\u00e9clame un interpr\u00e8te arabe. Il explique que sa femme a tendance \u00e0 se l\u00e2cher pendant les interviews, et qu&rsquo;il craint pour sa s\u00e9curit\u00e9. Elle dit qu&rsquo;il est\u00abun ph\u00e9nom\u00e8ne\u00bb et l&rsquo;un de ses meilleurs alli\u00e9s : \u00abUn mari qui soutient sa femme, c&rsquo;est si rare au Y\u00e9men. Et on raconte tellement de choses sur moi.\u00bb En janvier 2011, elle a \u00e9t\u00e9 \u00abkidnapp\u00e9e\u00bb par le r\u00e9gime en pleine rue, une arrestation spectaculaire qui la propulse en ic\u00f4ne de la r\u00e9volution. Mohamed, son \u00e9poux, fait le tour des m\u00e9dias, expliquant qu&rsquo;elle est emprisonn\u00e9e pour son combat pour la paix, bravant la\u00abhonte d&rsquo;avoir sa femme en prison\u00bb.<\/p>\n<p>En janvier 2012, Saleh c\u00e8de sous la pression de la rue, apr\u00e8s trente-trois ans de dictature. Tawakkol se consid\u00e8re-t-elle comme leader de la r\u00e9volte ? Elle s&rsquo;en d\u00e9fend mollement : \u00abCe sont les jeunes qui ont men\u00e9 la r\u00e9volution. J&rsquo;\u00e9tais toujours au premier rang, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas seule.\u00bb<\/p>\n<p>Le charisme de la jeune Prix Nobel impressionne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Un directeur de la Banque mondiale loue \u00absa chaleur, son enthousiasme, sa capacit\u00e9 \u00e0 parler fort avec flamme et \u00e9motion\u00bb. Au sein de l&rsquo;opposition y\u00e9m\u00e9nite, sa r\u00e9putation est plus controvers\u00e9e. \u00abElle est aussi aim\u00e9e que d\u00e9test\u00e9e\u00bb, r\u00e9sume une militante f\u00e9ministe. On lui reproche son ambition personnelle et sa \u00abpassivit\u00e9\u00bbdepuis la fin de la r\u00e9volution. \u00abDepuis que Tawakkol a re\u00e7u le prix Nobel, elle tourne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, fait des discours en tant que \u00ab\u00a0premi\u00e8re femme arabe nob\u00e9lis\u00e9e\u00a0\u00bb. Erdogan lui a m\u00eame offert la nationalit\u00e9 turque. Elle n&rsquo;a tenu aucun r\u00f4le dans les derniers \u00e9v\u00e9nements de la vie politique, exception faite de ses posts sur Facebook et Twitter\u00bb, explique Anita Kassem, \u00e9tudiante y\u00e9m\u00e9nite en sciences politiques. \u00abSes positions sont critiqu\u00e9es. Elle a appel\u00e9 Mohamed Morsi, ex-pr\u00e9sident \u00e9gyptien issu des Fr\u00e8res musulmans, \u00ab\u00a0le nouveau Nelson Mandela\u00a0\u00bb. On d\u00e9nonce aussi ses liens avec le parti de son p\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Tawakkol Karman se d\u00e9sole de ne pas voir assez ses trois enfants, Walla, 16 ans, \u00abqui veut \u00eatre avocate\u00bb, Alya, 11 ans, \u00abune artiste, une forte personnalit\u00e9\u00bb, et Ibrahim, 10 ans, qui r\u00eave d&rsquo;\u00eatre astronaute. Mais assure, un brin lyrique :\u00abIls comprennent mon sacrifice, ils savent que je suis la m\u00e8re de tous les Y\u00e9m\u00e9nites.\u00bbElle n&rsquo;a gu\u00e8re de doutes sur son destin. Lorsqu&rsquo;on lui demande d&rsquo;o\u00f9 elle tire sa force pour d\u00e9fendre le f\u00e9minisme et la d\u00e9mocratie dans un pays en proie aux pires conservatismes, elle dit s&rsquo;inspirer d&rsquo;un po\u00e8me : \u00abSi les gens demandent \u00ab\u00a0qui est notre guide ?\u00a0\u00bb alors, je dois r\u00e9pondre, \u00ab\u00a0c&rsquo;est moi\u00a0\u00bb.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime, Tawakkol Karman, pour qui \u00abl&rsquo;argent n&rsquo;est pas un probl\u00e8me gr\u00e2ce \u00e0 [sa] famille\u00bb, n&rsquo;a pas cach\u00e9 son ambition pr\u00e9sidentielle. Comment compte-t-elle vaincre le fondamentalisme ? \u00abIl faut ouvrir la soci\u00e9t\u00e9, proposer une alternative \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grisme. En 2011, nous avons fait descendre les arts dans la rue, et des islamistes nous ont rejoints. La religion est une affaire priv\u00e9e. On ne peut pas forcer quelqu&rsquo;un \u00e0 croire. On souffre du m\u00e9lange entre religion et politique.\u00bb Une conviction qui semble incompatible avec celle de son parti, qui d\u00e9fend l&rsquo;application de la charia, la loi islamique.\u00abIls \u00e9taient tr\u00e8s fiers de mon prix. Mais il y a des conservateurs parmi eux, des salafistes [elle grimace] qui demandent sans cesse si je suis une honn\u00eate femme. D\u00e8s que j&rsquo;aurai cr\u00e9\u00e9 mon propre parti, je quitterai Al-Islah.\u00bb<\/p>\n<p>Ses enfants jouent de la guitare et du piano, elle adore l&rsquo;oud, le luth arabe. \u00abAu Y\u00e9men, on aime la vie. J&rsquo;avais le projet d&rsquo;ouvrir une \u00e9cole de musique, d\u00e9velopper le cin\u00e9ma. Les contre-r\u00e9volutionnaires sont en train de briser nos r\u00eaves\u00bb,d\u00e9plore-t-elle, \u00e9mue aux larmes. Son r\u00eave ? Un \u00abnouveau Y\u00e9men\u00bb o\u00f9 la presse serait libre, la femme l&rsquo;\u00e9gale de l&rsquo;homme, o\u00f9 l&rsquo;on apprendrait la danse et le th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 le pouvoir ne serait pas corrompu. Bien loin de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle d&rsquo;un pays d\u00e9chir\u00e9 par de violents conflits internes, o\u00f9 la transition politique est menac\u00e9e, et o\u00f9 s\u00e9vit une des branches les plus dangereuses d&rsquo;Al-Qaeda.<\/p>\n<p>Tawakkol Karman en 6 dates<\/p>\n<p>7 f\u00e9vrier 1979 Naissance \u00e0 Taiz (Y\u00e9men).<\/p>\n<p>2005 Fonde Femmes journalistes sans cha\u00eenes.<\/p>\n<p>Janvier 2011 D\u00e9but de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>7 octobre Partage le prix Nobel de la paix avec deux Lib\u00e9riennes pour \u00ableur lutte non-violente pour la s\u00e9curit\u00e9 des femmes\u00bb.<\/p>\n<p>Janvier 2012 Ali Abdallah Saleh abandonne le pouvoir.<\/p>\n<p>Septembre 2014 Prise de Sanaa par les rebelles du Nord.<\/p>\n<p>Photo: Fr\u00e9d\u00e9ric Stucin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tawakkol Karman. 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